Je crois qu'il serait plus simple de se rendre à l'évidence : c'était une mauvaise journée. Quand un ou deux trucs foirent, tout foire, c'est prouvé ; jamais deux sans trois, et chez moi c'est plutôt toujours deux cent trois si vous voyez ce que je veux dire. Ça aurait pu être une journée originale, du genre soleil à la verticale, sourires édentés, le tout sur fond magenta praliné ; éc½urant à souhait. Au lieu de ça j'avais l'impression d'avoir vu un mur d'un peu trop près, sauf qu'ici, le mur s'appelle réalité. Et croyez-moi, c'est moche à voir. Pas très reluisant, même les paupières closes ça brûle les yeux. La réalité, c'est le genre de fille qui se plaint qu'on ne la regarde jamais en face, sans se douter un seul instant que c'est parce qu'elle est immonde. La réalité, c'est comme votre ennemi d'enfance que vous avez quasiment oublié et qui vous poignarde dans le dos, et disparaît comme il est arrivé. La réalité, elle me plonge dans le noir, elle me laisse sans repères. Oui, je crois qu'il serait plus simple de se rendre à l'évidence : tout ça me fait peur. J'ai pas vraiment de raisons. Aucune valable à vos yeux. Je suis peut-être quelqu'un d'un peu trop instable. Oui, ça doit être ça. Du genre à finir sa vie dans un caniveau pour avoir poursuivit ses rêves. Excessive. Mais pas dans la veine des grands passionnés. Plutôt dans la veine des grands drogués. Pas en très bon état après avoir encaissé les coups de seringue. Je découvre le monde à travers les yeux des autres, j'ai préféré ne pas le voir avec les miens. Désillusion, quand tu nous tient...

